Dans le Grand Est, les entrepreneures se jettent à l’eau !

Ce 22 mars était la journée mondiale de l’eau. Cette année, l’accent est mis sur l’accès et l’assainissement de l’eau pour tous d’ici 2030. Un sujet qui est devenu un enjeu pour les entrepreneurs du Grand Est.

Lionel Martin en est persuadé. L’avenir est dans l’économie d’eau. “J’ai créé un système qui récupère l’eau de pluie et la traite. L’eau est ensuite utiliser pour alimenter les toilettes ou la machine à laver. J’ai même des clients qui la consomme”. La récupération de l’eau de pluie permettrait d’économiser des milliers de litres d’eau chaque année. Employée à usage domestique principalement, elle commence doucement à intéresser.  “Je travaille actuellement avec une commune qui veut l’utiliser pour l’arrosage de son terrain de foot. Je l’utilise aussi, pour mon magasin. On peut l’utiliser pour tous les bâtiments. Ça permet de diminuer la pression qui pèse sur le réseau”. 

124 millions de m3 prélevés pour l’agriculture, 431 millions pour l’eau potable et 645 millions pour l’industrie, le Grand Est consomme plus de 1 200 millions de m3 d’eau chaque année. Un réseau mis à mal par les différents épisodes climatiques qui sévissent dans la région, depuis quelques années. “Du fait de sa position géographique, le Grand Est subit de plein fouet le dérèglement climatique. Les nappes phréatiques ont de plus en plus de mal à se remplir avec les sècheresses qui s’intensifient d’année en année”, explique Frédérique Baussan, Ingénieur Gestion des Risques Majeurs (Ville de Metz) et Protection de la Ressource en Eau au Syndicat des Eaux (SERN). C’est ce qui a motivé Lionel Martin a fondé son entreprise et ce n’est pas le seul. 

Les entrepreneurs pensent d’abord, économie d’eau

Parler d’économie d’eau, en cette période, implique déjà de savoir d’où viennent les fuites. Mais sur un réseau aussi vaste que celui du Grand Est, un petit coup de main n’est pas de trop. Pour Gilles Chantelot, co-fondateur de INMAN, ça commence par les particuliers. “On a inventé un système digital qui adapte le débit de la douche à l’utilisation et accélère sa mise en température. Ça permet d’économiser 70% d’eau”. Utiliser la technologie pour gérer le débit, c’est aussi l’idée de Sonja Behmel. Elle, elle a plutôt choisie de partir sur l’exploitation de données pour aider les industries à mieux gérer l’eau et à diminuer leur consommation. 

L’analyse de données est actuellement, le modèle le plus utilisé dans le Grand Est. Matthieu Dufresne et ses associés ont développé un concept de modélisation hydraulique 3D, à partir de de cette exploitation. “Ça nous permet de mesurer précisément la quantité d’eau qui s’échappe des raiseaux d’assainissement vers les cours d’eau”. Une technologie d’abord utilisée en mécanique des fluides dans l’aéronautique. Une technologie qu’ils mettent désormais, au service des collectivités comme la métropole de Strasbourg. L’objectif ? Diminuer la pollution. 

La pollution, principal enjeu pour le Grand Est

Doté d’une position statégique, le Grand Est a une importante responsabilité en terme de quantité et de qualité de l’eau. Notamment pour ses voisins qu’il irrigue. C’est pourquoi le 12 janvier dernier, le Grand Est et les différentes agences de l’eau de la Région ont signé un protocole. Un accord pour tenter de réduire la concentration des chlorures de sodium dans la Moselle et la Meurthe. Des rejets des soudières de Humens et Solvays qui provoquent une pollution importante de ses cours d’eaux. “Dans le Grand Est, la pollution des cours d’eau vient d’abord des débordements des réseaux d’assainissement. En connaissant la quantité de rejets et les zones plus sensibles, c’est le meilleur moyen de pouvoir la maîtriser”. 

Pourtant la pollution aux produits chimiques n’est pas la seule problématique. Actuellement, le Grand Est produit 30% d’énergie hydraulique avec les cours d’eau. Une production essentielle dans le contexte actuel, mais mise à mal par la présence des déchets. Pour améliorer la protection des cours d’eau, l’équipe de H2OPE a mis au point un système de baleine low tech. “C’est une sorte de fer à cheval flottant que l’on place à différents endroits stratégiques du cours d’eau. Elle va capter plus de 90% des déchets qui flottent”.

De l’eau mais pas que, pour les entrepreneurs

Dans le Grand Est, 92,6% de l’eau consommée vient des nappes souterraines. Soit 466 millions de m3. Des nappes phréatiques majoritairement remplis grâce aux précipitations. Seulement avec l’urbanisation des villes, les réserves d’eau ont de plus en plus de mal à se remplir. Le Grand Est s’est donc fixé pour objectif de diminuer de 150% ses espaces urbanisés.

Pour Victoria Démange, ça peut aussi passer par l’utilisation de matériaux alternatifs, perméables. “J’ai créé un revêtement à base de béton et de bois. Ça permet de drainer. Les copeaux de bois laissent entrer l’eau dans les nappes phréatiques. Ce système coûte moins cher parce qu’on a plus besoin de mettre en place des bouches d’égouts, par exemple”. Penser l’aménagement urbain en prenant en compte les contraintes environnementales serait un bon moyen de s’adapter. 

Le secteur de l’énergie est aujourd’hui, le premier consommateur d’eau dans le Grand Est à 73%. Si la Région regorge de solutions, les instances sont encore réticentes quand il s’agit de les mettre en place. Faute de trouver preneurs, ils se tournent alors vers d’autres pays, davantage ouverts à ce type d’innovation.

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About the author

Journaliste Reporter d’Images pendant plus de 6 ans, j’avais envie de me tourner vers la presse écrite. Je traite principalement des sujets qui touchent à l’environnement et à l’entreprenariat féminin.

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