Les circuits-courts en perte de vitesse dans le Grand Est ?

On y est, c’est le retour du février sans supermarché. L’occasion de préférer les circuits-courts aux grandes surfaces. Portés par l’engouement de la pandémie, ils sont nombreux à s’être lancés dans ce domaine. Mais aujourd’hui, la douche est un peu froide pour les entrepreneurs du Grand Est qui tentent le local.

En lançant son activité il y a deux ans, Mathilde espérait pouvoir se développer rapidement: « À la base, je pensais garder mon emploi à mi-temps, pendant 1 ou 2 ans et le quitter quand mon projet aurait grandit”. Mathilde vient du milieu paramédicale. En février 2020, fatiguée de son métier, elle décide de reprendre la ferme de ses parents. Après 1 ans en maréchage conventionnel, elle se lance dans l’aquaponie. “On utilise les dégections des poissons pour nourrir les plantes. ça permet d’économiser plus de 80% d’eau”.

Mathilde produit 2 tonnes de légumes par an de cette manière. Le problème c’est que les clients ne sont pas au rendez-vous. “Je ne pensais pas que ce serait si difficile de faire venir les gens en magasin. Je tablais sur 2 ans avant de pouvoir en vivre mais vous voyez, j’ai été obligée












de prolonger mon contrat à mi-temps”. Ce que vit Mathilde, c’est le contre-coup de la pandémie. Une problématique qui touche la majorité des circuits-courts de la région.

La pandémie vers et revers pour le circuit-court du Grand Est

Vente directe, magasins de producteurs, restaurateurs, le circuit court avait le vent en poupe depuis quelques années. Portés par la pandémie, de nombreux entrepreneurs avaient surfé sur la vague populaire pour se lancer.

Stéphane Jacquemin en fait partie. Avec 10 producteurs, ils se sont associés pour ouvrir il y a 2 ans, un magasin de producteurs dans les Vosges. 300m2 entièrement dédiés au circuit-court : “On vend de tout, de la viande au fromage, en passant par les sirops. Tout est produit dans les 60km aux alentours”, explique-t-il.

Seulement voilà, avec l’inflation, les clients se font de plus en plus rares. “Au premier confinement, on faisait 30 clients par semaine. Pour le 2e, 0” dit-il avec dépit. Camille elle, a ouvert un magasin de vrac local à Thionville. Elle aussi connaît quelques difficultés depuis la reprise : “On a perdu 30% de notre clientèle”

Il faut dire que l’inflation pèse de plus en plus sur le budget des ménages, favorisant les grandes surfaces au détriment des indépendants. “Je suis en colère quand je vois des gros distributeurs comme Leclerc proposer des prix toujours plus bas. Quand on propose le kilo de porc à 1,30 euros, alors que ça coûte 1,90 euros à produire, l’éleveur ne peut pas suivre. Et les gens y vont quand même ! En même temps avec un smic, comment faire autrement ?” s insurge t elle.

Malgré l’inflation et les budgets de plus en plus bas, la consommation locale continue de faire son chemin. Et dans le Grand Est, les entrepreneurs locaux ne manquent pas.

L’Alsace, championne du circuit-court

Si le circuit court peine à séduire les clients dans le Grand Est, il y a pourtant un département qui bat tous les records. Drive à la ferme, magasins de producteurs… depuis un peu plus de 5 ans, l’Alsace voit fleurir les circuits courts.

Elle est aujourd’hui, la Région de France avec le développement le plus important des réseaux de proximité. En Alsace, un quart des exploitants utilisent les points de vente collectifs pour améliorer leur trésorerie. Ainsi pour tenter de continuer d’attirer les consommateurs, certains entrepreneurs ont leurs astuces.

Des entrepreneurs à ressources dans le Grand Est ?

Hélène a repris la camionette des fermiers, il y a 3 ans. “On travaille avec des producteurs locaux et on livre dans un rayon de 50 km autour de Remirmont”. Pour elle aussi, la pandémie a été synonyme d’un bref accroissement d’activité. “Pendant le premier confinement, on a dû refuser des commandes parce qu’on ne suivait pas. Mais au bout de 2 mois, on a pas mal de clients qui ont arrêté de commander”.

Pour autant, ça n’a pas marqué la fin de sa clientèle. Bien au contraire. Partie d’une cinquantaine de personnes, elle livre aujourd’hui plus de 180 clients. Associée avec son frère depuis peu, elle a même dû embaucher un salarié. Son secret ? “On joue sur 3 tableaux. Certains de nos clients achètent parce qu’ils ont une conviction environnemental, quand d’autre achètent pour les livraisons à domicile. Le tant mieux si c’est local arrive après”. Développer sa visibilité, c’est ce qui lui a permis de multiplier par 3 sa clientèle.

Le mois de février sans supermarché est né en 2017 en Suisse, avant de s’étendre notamment en France. Le Grand Est compte une dizaine de groupes dédiés à la promotion de cette économie en circuit-court. Un coup de pouce pour les entrepreneurs qui tentent de contrer les effets de la crise.

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Journaliste Reporter d’Images pendant plus de 6 ans, j’avais envie de me tourner vers la presse écrite. Je traite principalement des sujets qui touchent à l’environnement et à l’entreprenariat féminin.

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