multipotentiels

Les Multipotentielles peuvent-elles devenir des entrepreneurs dans le Grand Est ?

Vous connaissez peut-être ce terme, multipotentiels ? Longtemps considéré comme de vilains petits canards, ces profils atypiques sont de plus en plus perçus comme des atouts pour les entreprises. Pourtant dans le Grand Est, ils peinent encore à trouver leur place. Même dans l’entrepreneuriat. 

Je déteste la routine dans une entreprise”. Nadège Anton est une quarantenaire pétillante. Passionnée par la communication, elle a eu ce qu’on appelle une carrière réussit. Chargée de communication d’abord, elle a rapidement gravit les échelons. Il faut dire que Nadège a le don pour penser à contre courant… Et ça fonctionne ! “J’ai une créativité refoulée. Ça faisait une différence énorme pour les entreprises, par rapport à la concurrence”. Il y a un mois encore, Nadège était Directrice de la Communication. Un poste qu’elle a quitté, comme ceux qu’elle occupait avant. “Je travaille dans la comm’ depuis plus de 20 ans. Et ça fait plus de 20 ans que je me sens en profond décalage avec toutes les entreprises, pour lesquelles j’ai travaillé. Mais déjà quand j’étais petite, je me sentais différente de mes camarades de classe”. Ce décalage, ce n’est qu’en 2021 qu’elle lui a donné un nom : le multipotentiel. 

Multipotentiel : de la créativité à la logique, il n’y a qu’un cerveau

Vitesse d’apprentissage, curiosité extrême, adaptabilité, être multipotentiel c’est penser autrement. “Ils pensent en arborescence, un sujet en appelant souvent un autre. Les multipotentiels ont une vision globale, notamment parce qu’ils aiment aller au fond des sujets. Ils sont exigeants et très créatifs. Ils ont un goût pour la complexité et détectent facilement les fails et les signaux faibles”, explique Myriam Ogier, Sociologue et Coach professionnelle spécialisée dans les profils multipotentiels. Un point d’ailleurs, qu’elle détaille dans son livre “Un cerveau droit au pays des cerveaux gauche“. Le cerveau droit étant le centre de la créativité, le cerveau gauche, celui de la logique.

Si les multipotentiels ont un fort attrait pour le changement, il existe cependant deux catégories distinctes. D’un côté vous avez les multipotentiels “séquentiels”, comme Nadège. “Dès le collège, j’ai senti une incarnation profonde dans le métier que j’ai choisi. J’ai cette surempathie et cette sursensibilité. Au début c’était difficile parce que je venais d’un milieu modeste comparé aux personnes qui étaient dans ma promotion. Mais à force de travailler, je me suis rendue compte que ça me permettait de performer”.  En d’autres termes, cela signifie que les multipotentiels séquentiels choisissent un seul domaine, l’étudient à l’extreme, puis le quitte une fois la lassitude venue. De l’autre côté, il y a les multipotentiels dit “cycliques”. Ceux-là ont besoin de multiplier les activités. On les appelles tantôt scanneurs, slasheurs ou encore jongleurs. 

Être multipotentiel, est-ce avoir une âme d’entrepreneur ?

Tiphaine est conseillère en insertion salariée, photographe et entrepreneure. “L’organisation, ça n’a rien à voir. Certes, dans le salariat il y a un cadre mais ça peut être étouffant. Surtout quand on est multipotentielle”. Mais alors, est-ce que l’entrepreneuriat ne serait pas la solution pour laisser s’envoler la créativité de ces profils multi-tâches ?

La réponse pourrait surprendre. Les multipotentiels ne sont pas forcément des entrepreneurs dans l’âme. “Je n’ai pas vraiment envie d’être mon propre patron. Je préfère trouver un poste dans une entreprise”, confirme Nadège Anton, communicante. 

Il faut dire qu’être entrepreneure, c’est aussi travailler sur des sujets divers et variés… Pas toujours passionnants. “Les multipotentiels travaillent principalement à la motivation, par la passion. Ils sont curieux et vont se donner à fond sur un sujet qui les intéressent. A contrario, ils peuvent vite se lasser. C’est pour ça que certains ont besoin d’un accompagnement particulier”, explique Myriam Ogier, sociologue et coach professionnelle. Cette particularité a longtemps pénalisé ces profils dans leur carrière.

Une Intégration complexe en entreprise, surtout dans le Grand Est

En effet quand on a un profil atypique comme celui des multipotentiels, l’entrée sur le marché du travail peut être compliquée. “Beaucoup n’ont pas forcement de diplômes parce que le système scolaire, tourné cerveau gauche, n’est pas adapté à ce type de profil. Ensuite dans le monde du travail, ils peuvent régulièrement changer d’entreprises. Ce qui fait d’eux, des profils frivoles”, éclaire Myriam Ogier. Contrairement aux profils experts, les multipotentiels peuvent vite se sentir d’éternels étudiants. Beaucoup développent alors le syndrome de l’imposteur, se sentent moyens dans tous les domaines, voire parfois, bons à rien. 

La multipotentialité ne date pourtant pas d’hier. “Au Moyen-Age, les profils multipotentiels étaient beaucoup valorisés. C’est ce qui a permis à des personnes comme Leonard de Vinci de s’épanouir. Mais à partir de la révolution industrielle, il a fallu développer les spécialisations pour développer l’industrie. C’est là que le cerveau gauche, logique et analytique a prit le dessus”.

Et il se trouve que le Grand Est a encore, un solide ancrage industriel. Alors quand on regorge de créativité au pays de la logique, on peut vite se sentir différents. Après 5 ans comme Directrice de la Communication chez Bouygues Strasbourg, Nadège a décidé de quitter son poste. “Dans ce groupe, on voulait que je me comporte comme un mouton malgré mon expérience. Je ne supporte pas les cloisons dans une entreprise. Pour moi, on est tous dans le même bateau. Plus il y a de contact entre les gens, plus la coordination se fait. Mais dans le management que j’ai vécu, ça ne se passait pas comme ça. J’ai tres mal vécu cet individualisme.” Et ce n’est pas la première fois qu’elle quitte un poste de cette manière. “Ça fait plus de 20 ans que je travaille et plus de 20 ans que je me sens en profond décalage avec toutes les entreprises pour lesquelles j’ai travaillé”, témoigne-t-elle.

Les femmes davantage multipotentiels ?

Alexandra David-Néel, Stéphanie Shirley, JK Rowling ou encore Marie Curie… Des grands noms de la science, de la littérature ou encore de la philosophie, toutes avec un même point commun : ces femmes étaient des multipotentielles. “Je pense que les femmes développent davantage leur cerveau droit, centre de la créativité, parce qu’elles sont habituées à s’occuper de tous les fronts. Cependant, les nouvelles générations ont davantage tendance à slasher, en multipliant les projets. Il n’est pas impossible de voir une augmentation du nombre de multipotentiels à l’avenir”, pense Myriam Ogier, coach spécialisé dans la multipotentialité professionnelle. 

Aujourd’hui, on estime que 15% à 30% de la population du Grand Est a un profil multipotentiel. Pour autant, ces statistiques sont à prendre avec des pincettes. Le sujet ne s’est démocratisé qu’à partir de 2020. A l’heure actuelle, plus de 80% des emplois de 2030 n’existent pas encore. Les multipotentiels pourraient donc bien avoir leur rôle à jouer et marquer, peut être demain, l’évolution du monde de l’emploi

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Journaliste Reporter d’Images pendant plus de 6 ans, j’avais envie de me tourner vers la presse écrite. Je traite principalement des sujets qui touchent à l’environnement et à l’entreprenariat féminin.

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