La mode éthique dans le Grand Est

Le Grand Est, plus Fast fashion que mode éthique ?

La Fashion Week est lancée! Problème ? L’industrie est de plus en plus pointée du doigt pour son impact environnemental et social. Rendre le fashion plus écologique, c’est l’objectif que se sont lancées plusieurs entreprises du Grand Est. Ce 28 janvier, on vous présente les coulisses de la mode éthique.

A première vue, rien ne différencie les vêtements de Monsieur Mimosa d’une autre marque. Pourtant, quand on regarde du côté de l’étiquette, tout change. Je confectionne uniquement en circuit-court, avec des matériaux les plus écologiques possible : le coton bio, le lin en été et la laine en hiver”, explique Sara Khbaizi, la jeune créatrice de cette marque de prêt à porter pour hommes. À 29 ans, après 2 ans dans la mode et le textile, elle vient de lancer son entreprise sur Strasbourg.

De la mode oui, mais pas n’importe laquelle ! Sara pratique une mode éthique. La Slow Fashion, c’est ce mouvement né dans les Pays Scandinave en opposition à la Fast Fashion. Pour Julie Rudloff, c’était de proposer des chapeaux confectionnés à la main dans son Atelier Boketto de Strasbourg. “Je dessine les patrons et je confectionne moi-même les modèles 100% artisanalement”. 

En France, de plus en plus de jeunes créateurs prennent la tangeante. Mais dans le Grand Est, le mouvement peine à séduire. Il faut dire que si l’Industrie du textile a le vent en poupe dans la Grande Région, l’habillement perd du terrain. Malgré tout, les jeunes créateurs sont confiants et tentent d’opérer une douce révolution dans l’ombre. 

Le choix de la matière, première étape pour les créateurs

Quand on pense à la mode éthique, on voit d’abord le choix des matériaux. “Je travaille principalement avec des matériaux certifié Ecocert”, explique Sara Khbaizi. Le choix du textile est la première étape pour travailler en mode éthique. Et pour cause, c’est la principale cause de pollution dans ce domaine. Un choix minutieux qui se heurte parfois, à une problématique de taille : le coût des matières premières.

“Le coton, par exemple, coute 2 fois plus cher en France qu’à l’autre bout du monde”, argumente Elodie Grasso, responsable développement pour l’Usinier Français. Même constat pour Sara : “J’ai essayé de travailler avec du chanvre, vu qu’il y en a pas mal dans la Région mais c’est comme le coton, ça vaut un peu trop cher pour que je puisse me le permettre pour le moment. À l’origine, je ne voulais faire que du made in France mais, c’est à cause du coût que j’ai dû revoir mon objectif à court terme”.

Un prix à payer aujourd’hui, pour diminuer l’impact écologique de cette industrie positionnée comme la 2e plus polluante dans le monde. “Les clients connaissent nos valeurs et c’est pour ça qu’ils n’hésitent plus aujourd’hui, à investir dans moins de vêtements mais une meilleure qualité” assume Sara Khzaibi. Et pour Julie Rudloff ”C’est inconcevable en 2020 de se lancer dans un process de mode qui ne respecte pas l’environnement et l’humain“.

La mode éthique, plus qu’un vêtement

Avant d’être une mode éthique, la Slow fashion est surtout un mouvement. Et qui dit mouvement, dit philosophie pour Sara Khbaizi “Traditionnelement, la Fast Fashion crée des collections en fonction des saisons. Je préfère choisir des modèles intemporelles qui s’adaptent toute l’année, avec une coupe qui va au plus grand nombre. Et je l’adapte aux saisons en faisant varier les matières”. Julie Rudloff, elle, propose même à ses clientes de réparer les chapeaux qu’elles auraient achetés dans sa boutique. “C’est mieux de réparer plutôt que de jeter. Ça garantit une plus longue durée de vie au produit”

La mode éthique, c’est un état d’esprit”, pour Sara Khbaizi de Monsieur Mimosa. “On ne va pas penser qu’à la création. On pense aussi à toute la durée de vie du produit ou au lavage pour minimiser l’impact, et au recyclage en fin de vie. C’est du ressort des marques de communiquer là-dessus”.

La transparence, clé de la mode éthique du Grand Est

Nous travaillons main dans la main avec des ateliers au savoir-faire historique. Ils sont tous situés à moins de 2 000 km de chez nous. Basés en Europe, traçabilité, confiance et qualité sont nos critères”, peut-on lire sur le site de Monsieur Mimosa. La traçabilité est l’une des valeurs importantes des créateurs du Grand Est. ”Les consommateurs ont le droit de savoir où va leur argent et d’où viennent les produits qu’ils achètent”, explique Sara Khbaizi.

Chez l’Usinier Français, même discours. “Aujourd’hui en France, on a pleins de belles initiatives. Le consommateur, lui, ne sait pas forcement où chercher. Le but est donc, de lui faciliter l’accès au Made in France”, explique Elodie Grasso, responsable développement pour la marque. “On a trouvé des partenaires pour le tricot et la couture. On va sortir prochainement un jean 100% Made in Vosges, avec moins de 39 km entre le tissage et la confection.” clame-t-elle avec fierté. Si elle le dit avec autant d’enthousiasme, c’est surtout parce que ce n’était pas gagné d’avance…

Grand Est, quand les créateurs se heurtent au circuit-court

Car quand il a fallu choisir un modèle d’entreprise, Sara n’a pas hésité une seconde. “Je travaille exclusivement avec des entreprises familiales, en circuit-court”. Le problème ? Trouver du circuit court en local. “J’ai trouvé peu de partenaires dans la région. Je travaille donc, avec des entreprises françaises le plus proche possible, portugaises et écossaises” explique Sara Khbaizi. 

Il faut dire que depuis 2007, l’industrie textile du Grand Est a perdu de nombreux effectifs. Une situation qui rend la tâche compliquée pour les créateurs qui souhaitent se lancer dans la mode éthique dans la région.

Pour dénouer la situation, la solution pourrait-elle alors venir de la mutualisation ? “On travaille avec d’autres créateurs pour éventuellement grouper les commandes et diminuer les coûts. On considère qu’en France, et encore plus dans le Grand Est, on n’a pas de concurrence. Il faut travailler ensemble et en bonne intelligence. On n’a pas le choix si l’on veut faire avancer les choses face à des géants de la mode”, explique Elodie Grasso, de l’Usinier Français.

S’unir pour relocaliser l’industrie, les entreprises françaises auraient tout à y gagner pour l’Usinier Français “La problématique aujourd’hui, c’est qu’au final, on a peu d’alternatives sur notre territoire. Plus on sera nombreux à proposer des alternatives françaises, plus les consommateurs seront tentes d’aller vers du Made In France”.

En Novembre dernier, Sara Khbaizi organisait le 1er Slow Fashion Show du Grand Est. Un moyen de mettre la lumière ce nouveau mouvement qui grandit dans la région. Un show qui fait écho à l’Ethical Fashion Week, actuellement sur Paris depuis 2004.

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Journaliste Reporter d’Images pendant plus de 6 ans, j’avais envie de me tourner vers la presse écrite. Je traite principalement des sujets qui touchent à l’environnement et à l’entreprenariat féminin.

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