Embouteillage au Domaine les Béliers, Eve Maurice

Grand Est : quand la viticulture se conjugue au féminin

Le saviez-vous ? Aujourd’hui, plus de 65% des acheteurs de vin sont en réalité des acheteuses. Pourtant, le vin est encore considéré comme une affaire d’homme. Un cliché que tentent de faire disparaître celles qui se tournent désormais, vers la viticulture. Une profession millénaire qui, malgré sa robe masculine, attire de plus en plus de femmes dans le Grand Est.

Il est 10h, l’heure des embouteillages. Ni voyez aucune référence à la conduite, c’est bien de vin dont il est question. « On en est où du programme ? » lance Ève Maurice. Depuis 13 ans maintenant, c’est elle qui tient les rênes du Domaine des Béliers de Ancy-sur-Moselle. Une petite exploitation de 6 hectares sur lesquelles, elle cultive principalement du Pinot : « On est sur un sol calcaire et drainant avec un peu d’argile. Il nous fallait une plante qui s’adapte bien à ce type de sol et au climat ».

Comme pour beaucoup de vignerons du Grand Est, Ève a subi de plein fouet l’été pluvieux de cette année 2021. Même si elle sait que le métier n’est pas facile et que les heures sont nombreuses, elle ne regrette rien. Et comme elle, elles sont de plus en plus nombreuses à prendre ou reprendre la tête de domaines viticoles. En France, elles représentent plus de 30% des Cheffes d’exploitations. Elles sont vigneronnes, viticultrices ou vitrificatrices. Elles font partie de la nouvelle génération, plus mixte certes, mais tout aussi passionnée.

Dans la viticulture, profils variés mais passion commune

« La passion c’est essentiel, c’est ce qui donne du goût au vin. C’est ce qui donne du charme à la parcelle de vigne. Quand on goûte le vin, on arrive à sentir la passion, le travail qui peut être dur, les bons moments… ». Ce sont les mots d’Inès, 19 ans, future œnologue en formation.

Cette passion, on la retrouve chez de nombreuses viticultrices : « Ce qui me fascine, c’est de voir les gestes, le savoir-faire. J’aime aussi vivre avec les cycles de la nature. Ça nous apprend à nous adapter. Et puis, c’est valorisant de produire quelque chose qui se garde et qui procure du plaisir » explique Ève.

Du plaisir, c’est avant tout ce que recherchent les femmes qui travaillent dans le domaine du vin. Pour elles, le vin souvent décrit comme une affaire d’homme, n’est pas sans féminité.

Un chemin semé d’embûches pour les viticultrices

« Une femme ne peut pas travailler dans une cave, parce que quand elle a ses règles, elle va faire tourner le vin ». Cette phrase, elles sont nombreuses à l’avoir entendue au début de leur carrière.

Entre vraie croyance et blague de mauvais goût, pour Véronique Muré viticultrice et Présidente des Divines d’Alsace, c’est surtout la traduction d’un sexisme latent. « Dans mon stage de fin d’études en cave, j’étais la seule fille. C’est là que j’ai compris l’image qu’avaient les cavistes des femmes. Celles qu’on ne voudrait pas porter de tuyaux ou de se salir les mains… ».
Des clichés qui persistent encore, aujourd’hui : «  En première année d’alternance, j’ai fait de la viticulture. J’ai eu quelques problèmes avec mon premier patron. Ce n’est pas facile quand on est la seule femme dans une équipe de 10 hommes. Ils font beaucoup de blagues. À chaque rencontre, on me servait le même refrain : c’est un métier difficile, qu’il faut porter des choses » constate Anna, 28 ans, étudiante en BTS Viticulture et Œnologie au lycée Avize. L’une des deux seules formations du Grand Est.

De gauche à droite, Caroline, Inès et Anna. 3 apprenantes viticulture et oenologie, Institut Avize.

Pourtant elles le disent, avec la féminisation du métier, les mentalités changent. Comme l’explique Caroline, 38 ans, en reconversion professionnelle pour devenir vigneronne : « J’ai de nombreux exemples autour de moi, de femmes qui travaillent dans les métiers de la viticulture. Ma voisine va tous les jours travailler dans ses vignes. Ma cousine aussi, travaille dans le milieu. J’entends toujours des blagues de la part de certains hommes mais, on ne se laisse pas faire. On répond. On est à notre place. Il faut que les mentalités changent ». Au lycée Avize d’ailleurs, plus de 27% des apprenants sont des femmes. Un chiffre en constante augmentation, depuis une dizaine d’années. 

Quand l’Union fait la force

Quand on commence dans un domaine essentiellement masculin, on peut vite se sentir seule. De plus en plus de viticultrices choisissent donc, de se regrouper. Les diVINnes d’Alsace, les Fa’Bulleuses de Champagne… Plusieurs associations de femmes des domaines viticoles ont commencé à fleurir, ces 10 dernières années. « À la base, on avait des modèles de femmes viticultrices dans d’autres régions mais, pas dans le Grand Est. C’est vraiment quelque chose d’utile. C’est à la fois, un réseau professionnel et un réseau d’entraide. On se voit une fois par mois, on visite les domaines des unes et des autres. Aujourd’hui, nous sommes devenues amies », explique Véronique Muré.

Véronique Muré, viticultrice et Présidente des Divines d’Alsace

Ensemble, elles souhaitent désacraliser le monde du vin « snob et macho » – comme elle le dit -, et le rendre plus accessible. Un trait de caractère commun aux femmes rencontrées. « À plusieurs on va plus loin. On travaille ensemble, main dans la main »

En ce 18 novembre, 3e jeudi du mois, le Beaujolais nouveau fait son entrée dans les caves. Et avec lui, un nouveau regard sur la profession. La viticulture change et se féminise au rythme de l’évolution de la société. Un métier agricole où, les femmes y ont désormais leur place.

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Journaliste Reporter d’Images pendant plus de 6 ans, j’avais envie de me tourner vers la presse écrite. Je traite principalement des sujets qui touchent à l’environnement et à l’entreprenariat féminin.

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