Emmanuelle Beyer, créatrice des MiniCoops
Photo© Capentreprendre

Emmanuelle Beyer : «Les MiniCoops sont là pour insuffler le goût d’entreprendre aux femmes fragilisées»

Emmannuelle Beyer est la Directrice du réseau d’accompagnement Capentreprendre, en Lorraine. Une coopérative d’activité et d’emploi qui permet aux porteurs de projet de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale plus sereinement. Aujourd’hui, Capentreprendre s’investit dans des MiniCoops, afin de permettre aux femmes des Quartiers de la Politique de la Ville de découvrir l’univers de la création d’entreprise.

  1. Emmanuelle, qu’est-ce que Capentreprendre ?

Capentreprendre est une coopérative d’activité et d’emploi (CAE). Son intérêt est de permettre à des personnes ayant un projet de création d’activité ou de création d’entreprise, de tester sa faisabilité et sa viabilité. Ceci dans un cadre sécurisé, pendant un parcours de 3 ans (sourire).

Ainsi, les porteurs de projet bénéficient d’un réel accompagnement. Notre équipe est là pour être à leurs côtés, afin d’éviter l’isolement que connaissent les entrepreneurs. Ce qui est très important en phase de démarrage ! Intégrer une CAE leur permet donc, de bénéficier de tous les services et de toutes les compétences de celle-ci, tout en bénéficiant de l’appui d’un réseau national. Grâce à cela, nous les rendons plus autonomes. Nous les faisons gagner en compétence et les responsabilisons. En cas de problème aussi !

Et donc sur le terrain, ça se passe comment ?

Les porteurs de projet bénéficient immédiatement d’un numéro Siret, d’une couverture professionnelle et d’outils numériques pour la gestion de leur entreprise. Ainsi, ils n’ont pas d’investissement à faire. Par contre, les services de la CAE sont mutualisés sous forme de contributions : l’entrepreneur les verse en fonction de son chiffre d’affaires. Celle-ci est fixe. Elle dépend du chiffre d’affaires annuel.

2- Pourquoi était-il nécessaire de mettre ce réseau en place ?

Capentreprendre est né en juillet 2004, en Moselle-Est, sur un terrain qui était porté par l’économie minière. À l’époque, il s’était fait sentir un besoin important de mettre en place ce dispositif, pour les Miniers qui venaient de toucher leurs indemnités. C’était une façon pour eux, de leur permettre de faire de bons investissements. Par ailleurs, il y avait une envie de fédérer autour de valeurs fortes : celle de l’économie sociale et solidaire. À mon sens, les personnes qui ont mis en place cette coopérative ont eu une idée intéressante et ont eu raison de le faire (sourire) !

Pour ma part, j’ai repris la CAE en 2014. J’ai d’abord essayé de la comprendre, car je ne connaissais pas ce réseau. Puis je l’ai décortiqué. Là, je me suis rendu compte que c’était un outil de développement économique intelligent qui permettait aussi, de s’ouvrir et de faire des propositions en toute cohésion sociale. Aujourd’hui, les porteurs de projet qui viennent à la coopérative sont des porteurs de projet engagés. Ils sont sensibles aux transitions et à l’écologie. Nous sommes d’ailleurs, reconnus pour cela.

3- Cette année grâce à Capentreprendre, vous avez mis en place les MiniCoops, destinées aux femmes des Quartiers de la Politique de la Ville. Quel est l’enjeu de cet événement ?

J’ai entrepris très vite dans ma vie. L’entrepreneuriat féminin est donc un sujet qui m’anime. Pendant mon parcours, j’ai pu constater à quel point pour les femmes, l’aventure de la création d’entreprises ou d’activités pouvait être complexe. Alors bien évidemment, il y a des évolutions ! Il faut aussi les souligner. Mais dans mon analyse de la CAE, je me suis rendu compte qu’il y avait une opportunité de développer des dispositifs sociaux et innovants.  Toujours avec cette optique d’accompagner l’autre, de l’aider à se révéler. J’ai eu la chance d’avoir été sensibilisée à la pauvreté et à la réinsertion. Pour moi, c’était une façon d’aider les participantes à rebondir et de leur montrer qu’elles ont de la valeur.

À l’époque, les MiniCoops étaient en phase de test dans une des coopératives de l’Est. J’ai fini par mettre en parallèle ma vision des choses et ma volonté avec ce dispositif. L’idée ici, était de mettre la lumière sur le territoire et les personnes qui agissent pour elle. De là, nous avons impliqué des partenaires de l’écosystème pour toujours plus travailler ensemble. Je suis persuadée que le faire ensemble est plus visible et plus compréhensible. Il faut agir pour que ces personnes puissent entreprendre en toute sécurité, tout en étant accompagnées.

Avec les MiniCoops, nous proposons un dispositif bienveillant pour insuffler le goût de l’entrepreneuriat. C’est montrer aux femmes qu’elles ont des capacités insoupçonnées : apprendre, s’organiser, prendre la parole en public…, tout en les rendant responsables d’une coopérative éphémère. C’est tout un travail autour de la création d’entreprise, en collectif. C’est pourquoi ce groupe de femmes est mixte et hétérogène. Cela leur donne de la force et les fait grandir. Mêler les compétences, c’est important dans cette découverte. Il faut absolument créer une dynamique !

Pourquoi les femmes justement ?

Tout simplement parce que les hommes se posent moins de questions, dans le processus de création d’entreprise. Avec les MiniCoops, nous sommes sur un public plus fragile, plus invisible. Notre objectif est alors de leur montrer qu’elles ont la possibilité de rebondir, d’exister, d’être elles-mêmes. Et surtout, d’avoir des projets !

Je trouve, à titre personnel, qu’elles sont des modèles pour tout le monde. Et les MiniCoops montrent aujourd’hui qu’il y a encore des choses à développer : aller plus loin dans le processus de découverte ; proposer un accompagnement à l’anté-création. C’est là tout l’objectif de mes équipes, sans qui nous ne pourrions pas les aider.

4- Diriez-vous qu’il est plus difficile pour les femmes d’entreprendre aujourd’hui ?

Je ne pense pas que ce soit difficile, à proprement parler. J’entends qu’il y ait des difficultés mais les femmes aujourd’hui sont plus fortes et plus entrepreneuses qu’avant. Et ça se voit chez Capentreprendre : nous avons plus de femmes que d’hommes (sourire) ! Ce sont des indicateurs quant à l’investissement des femmes dans la création d’entreprise. Alors qu’est-ce qui est le plus compliqué ? Je ne sais pas… Il y a énormément de choses de faites pour les femmes dernièrement, de reconnaissance, de changements amorcés. Il y a encore à faire certes, mais cela change. Donc dire qu’il y a des difficultés, oui. Mais je pense les enjeux sont ailleurs.

5- Selon vous, quelles devraient être les solutions de demain pour améliorer l’entrepreneuriat féminin ?

La question serait : est-ce qu’il faudrait que l’on soit dénotées ?  Est-ce que l’on doit mettre en avant, l’entrepreneuriat dit féminin ? C’est une question que je me suis moi-même posée. Pour moi, la création d’entreprise est la même que l’on soit une femme ou un homme. En faisant cela, je me demande plutôt si l’on ne continue pas de cloisonner ?

Pour moi, la difficulté réside dans la bonne interprétation. Il faut être dans une dynamique mixte pour casser les codes. Plus on changera les codes, plus les femmes se sentiront légitimes de. Et pour ça, il est important de mettre ces changements sociétaux en lumière, comme une normalité. Pourquoi ne pas réunir des femmes pour en discuter ? Après tout, cela nous permettrait peut-être d’avoir des solutions et d’amorcer un changement de regard sur l’entrepreneuriat (sourire). Et sur toutes les formes d’entrepreneuriat ! Déjà lorsque nous aurons fait ça, nous aurons fait un grand pas en avant. Ensuite, il faudrait changer notre regard sur l’échec. C’est aussi très important !

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About the author

Je suis la fondatrice et la Dirigeante d'Entre'Elles webzine. Après plusieurs années en presse écrite régionale, presse web et Communication, je me suis lancée dans l'aventure entrepreneuriale avec pour but de remédier à l'invisibilité des femmes dans les médias.

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